lundi 5 mars 2012

« J’enviais, non le petit enfant prodige, mais ce père qui lui avait tout appris »

Le film, dans un premier retour en arrière, nous montre Mozart enfant qui, sous le regard extasié de Léopold, joue du clavecin devant le Pape avec les yeux bandés ; juché sur un tabouret, l’enfant exécute ensuite quelques mesures au violon.
C’est à la fois vrai et faux : si Mozart, entre 7 et 10 ans, a bien fait le tour des cours européennes, il n’est allé en Italie qu’à 13 ans révolus et n’a jamais joué devant le Souverain Pontife - même si le pape Clément XIV le reçut effectivement en audience et le décora « Chevalier de l’Éperon d’or », alors que Wolfgang n’avait que quatorze ans.

D’autre part, Mozart ne joua pas de violon devant les grands de ce monde lors de cette longue tournée européenne. A Linz, en revanche (à la frontière autrichienne), il exécuta un menuet sur son petit violon d'enfant pour impressionner le douanier - évitant au passage à ses parents la fouille de leurs bagages ! Wolfgang n’a en fait commencé sérieusement l’étude de cet instrument qu’à onze ans passés. 
Et lorsque Léopold voulait impressionner l’auditoire, il faisait recouvrir le clavier d’une étoffe par-dessus laquelle son petit garçon jouait avec la même précision que si les touches avaient été visibles. Mais c’est là un exploit difficile à rendre à l’écran, ce qui explique sans doute l’option des « yeux bandés » finalement choisie par le metteur en scène.

Une chose pourtant est authentique, dans le récit du Salieri de Forman : Léopold Mozart a effectivement « tout appris à son fils ». Contrairement à tous les jeunes garçons de son temps (comme Michel et Joseph Haydn, sans parler de Léopold lui-même), ni Wolfgang ni sa sœur Nannerl (absente du film) n’allèrent en pension chez les frères. Ils apprirent à lire, à écrire et à compter avec leur père, une chose de tout à fait exceptionnelle à cette époque : car nous savons que Mozart et Constance mettront eux-mêmes leur fils aîné en pension à la campagne, dès que « le Karl » aura atteint l’âge de sept ans (l’âge de raison) - deux mois à peine avant la mort de son père.

Ce choix de Léopold fut très heureux car on peut se demander avec angoisse comment le petit Wolfgang – certes surdoué mais très vulnérable affectivement -  aurait survécu dans un internat du XVIIIème siècle ! Léopold aurait-il gardé un souvenir mitigé de ses propres années de pension chez les Jésuites d’Augsbourg ? Toujours est-il qu’en plus des trois langues étrangères qu’il maîtrisait - l’italien, le français et l’anglais -, Léopold enseigna à ses deux enfants, à domicile, les disciplines musicales qu’il jugeait indispensables : clavecin, violon, chant, orgue et composition.

Qu’il en soit éternellement remercié !

2 commentaires:

  1. Merci pour tous ces passionnants articles sur Mozart !

    Je les découvre en même temps que le film en question qui passe en ce moment sur Arté :)

    Musique magique évidemment :)

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  2. Bonjour,
    Je n'ai pas revu "Amadeus" sur Arte hier soir. Certes, vous avez raison, la musique en est magique (c'est du Mozart !) mais je n'en dirais pas autant de ce film malgré la beauté à couper le souffle de ses images et du talent de ses acteurs.
    J'espère que mon blog vous servira à faire la part des choses entre la vérité historique et les fantasmes de Forman

    Bien à vous

    Michèle Lhopiteau-Dorfeuille

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